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L'atelier

L’atelier d’André Derain a été préservé dans l’état même où il se trouvait à la mort de l’artiste grâce aux soins de Geneviève Taillade.

Sur les tables et les chevalets, parmi les couleurs et les brosses qu’il utilisa, des objets quotidiens, des esquisses, des maquettes, des moulages, forment un ensemble hétéroclite, évocateur de tous les domaines artistiques qui inspirèrent André Derain.

 

Partir à la découverte d’un peintre en visitant son atelier, c’est une démarche que beaucoup font en venant à Chambourcy.

Les visiteurs pénètrent dans l’univers familier du peintre et ils approchent alors, d’une façon sensible et juste, celui qui a travaillé ici. Car, au-delà de l’image et de l’objet, perdure la présence de celui qui les a choisis et aimés.

 

 

 

Avant leur dispersion, on pouvait voir des objets aussi différents que des bronzes syriens du
IIème millénaire, un petit cheval chinois d’époque Han, un bijou d’or africain, ou une nature morte flamande du XVIIème siècle de Clara Peeters, d’autres encore, mais tous d’une exceptionnelle qualité et témoins de la culture et du raffinement d’une époque et d’un pays.

Derain aimait la compagnie de sa collection, elle nourrissait, induisait sa création ; et en témoignent les photos où on le voit présenter, soit la marionnette sicilienne, soit son portrait par Wlaminck de l’époque fauve, soit la peinture du Fayoum ou le bronze romain. Il reste dans l’atelier d’autres objets de cette veine ; et à eux se mêlent des œuvres originales d’André Derain : bois gravé pour le Pantagruel, éléments de décors de théâtre, masques et prototypes.

Nous, visiteurs indiscrets mais respectueux, devinons que cet endroit est secret et privilégié. Il s’y est accompli une œuvre exigeante et honnête, pleine de doutes et d’ interrogations mais aussi de réussites, par celui que Modigliani, un jour, avait appelé : « fabriquant de chefs d’œuvre ».

Derain, qui disait que « la peinture devait rendre les gens un peu plus heureux », sourirait peut-être de voir sortir de son atelier ces visiteurs étonnés et ravis, un peu interloqués par ce qui me semble être le commencement d’une amitié.

Hélène Badault